Juin 272013
 
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Mais les pauvres paient toujours deux fois.

Régulièrement, des études mettent en évidence  que l’enseignement universitaire français offre des études à un coût très raisonnable, ce qui ne serait pas le cas des classes préparatoires aux Grandes Ecoles. La réalité est un peu plus compliquée…

Le coût brut d’une année scolaire pour l’état

En 2010, le cout annuel d’enseignement pour un élève était le suivant :

Nota : tous les montants de ce billet sont en Euros. Les statistiques de réussite proviennent de :Budget, coûts et financement / Repères et références statistiques – édition 2012 (lien vers PDF)

CLASSECOUT ANNUEL
POUR L'ETAT
NOMBRE
D'ANNEES
Enseignement pré bac :
Maternelle55302
Primaire57305
Collège83304
Lycée (pré bac)118003
Enseignement post bac :
Section de Technicien Supérieur (STS)138002
Classe prépa grandes écoles (CPGE)152402
Université101805
Grande Ecole d'ingénieur114303
source : Budget, coûts et financement / Repères et références statistiques - édition 2012 - p347

Remarque : les coûts d’enseignement des commerciaux ne sont pas payés par l’état, mais par les intéressés ou  par leur famille, ce qui explique que les coûts sont considérés quasi nuls après le bac ou la classe préparatoire. En effet, le financement public d’une école de commerce varie en  1% et 20% (source). Nous avons par conséquent retenu la moyenne de 10% dans les calculs.

Une analyse rapide de ces chiffres montre que pour un étudiant inscrit, une année scolaire en classe préparatoire aux grandes écoles coûte à l’état 50 % plus cher qu’une année en fac.

Il s’agit en fait de chiffres bruts qui ne prennent pas en compte la durée de la scolarité et les échecs. Ils n’ont que peu de signification. L’objectif de l’enseignement étant de former chaque élève au mieux, et non d’assurer des cours au prix horaire le plus faible, il est nécessaire d’introduire une considération de durée et de performance pour évaluer les coûts de chaque filière.

Le coût comparé des scolarités complètes selon les filières

Le coût théorique

La première étape d’une comparaison serait d’évaluer le coût de scolarité complet pour chaque type de formation. Si l’on utilise les coûts annuels ci-dessus, on obtient les coûts théoriques de scolarité complètes suivants, c’est à dire pour des élèves financièrement parfaits qui ne redoublent jamais, choisissant spontanément la voie où ils sont le plus adaptés, et obtenant le diplôme final sans abandonner et sans échec:

 

CLASSECOUT TOTAL
POUR L'ETAT
Comparaison :
université bac + 5
Bachelier sans qualification 108 430- 32 %
Technicien supérieur (bac + 2):136 030- 15 %
Ingénieur ou littéraire Grande Ecole (bac +5) 173 200+ 9 %
Universitaire (bac + 5)159 330 -
Commercial grande école (bac + 5)142 339 - 13 %
Commercial (bac + 5)114 145 - 32 %

 

Par conséquent, un commercial, même issu d’une classe préparatoire, coûte moins cher à former qu’un universitaire, et en moyenne moins cher qu’un technicien.

Un ingénieur ou un littéraire de grande école coûtent à former 10% de plus qu’un universitaire bac + 5, ce qui est finalement une différence très faible.

cout-scolarite-theorique

Les aléas de scolarité

En fait, la vraie vie est plus compliquée et les élèves ou étudiants rencontrent parfois des aléas.

Certains redoublent, d’autres changent d’orientation en cours de cycle.

Réussite et échec scolaires avant le bac

En 2011, le taux d’élèves en retard d’au moins un an à l’entrée de la 6e était de 12, 1%.

De même, 61,2% des élèves d’une classe d’âge atteignent la terminale à l’âge de 18 ans ou moins dans l’année, soit un taux de redoublement de 38.8% (source).

On peut en déduire qu’un élève moyen obtient son bac après 2 ans de maternelle, 5.12 années de primaire et 7.27 années de secondaire (7 années + [38.8% – 12.1%] d’une année).

Il en résulte un surcoût de scolarité global de 3 % (112000 Euros au lieu de 108000 Euros).

On peut noter en passant que les facilités accordées depuis quelques années aux bacheliers ont certainement minimisé les coûts de l’enseignement secondaire.

Depuis 1985, grâce à de tels efforts de l’Etat, le nombre annuel de diplômés du baccalauréat a plus que doublé et la proportion de bacheliers dans une génération est passée de 29% à 71%. L’impact financier et qualitatif de ces économies faciles sur l’enseignement supérieur est certainement moins évident.

Ce surcoût dû aux redoublements ne concerne pas les élèves de classes préparatoires, car les conditions d’inscription aux concours dissuade les redoublants de s’engager dans cette filière. En revanche, les CPGE (Classes Préparatoires aux Grandes Écoles)  comptent dans leurs effectifs de nombreux élèves ayant profité d’une ou même de deux années d’enseignement en moins (élèves « ayant sauté des classes ») . Ce facteur sera toutefois négligé dans la présente analyse car nécessiterait la disponibilité de statistiques plus pointues.

 

Réussite et échec scolaire après le bac

Après le bac, les statistiques sont compliquées car les filières sont plus complexes,  et surtout les solutions de repli plus diverses.

  • Technicien supérieur :

60 % l’obtiennent en 2 ans . 17% persistent en redoublant. 23% abandonnent. (facteur correctif x217 / (100-23)). le coût de scolarité résultant est de 153000Euros.

STS

  • Ingénieur grande école

En CPGE, 24 % abandonnent. 208 années suivies pour 76 réussites. (facteur correctif x208 / 76).

Les aléas en GE sont négligeables.

Le coût de scolarité résultant est de 184000Euros.

CPGE-SC

  • Commercial grande école

En CPGE, 21 % abandonnent. 193 années suivies pour 79 réussites. (facteur correctif x193 /79).

Les aléas en GE sont négligeables.

Le coût de scolarité résultant est de 149000Euros.

CPGE-COM

  • Littéraire grande école

En CPGE, 69 % abandonnent.  169 années suivies pour 32 réussites. (facteur correctif x169 / 32).

Les aléas en GE sont considérés négligeables.

Le coût de scolarité résultant est de 223000Euros.

CPGE-LIT

  • Universitaire :

Licence : 54 % abandonnent 28% obtiennent leur licence en  3 ans seulement, 11% en 4 ans, 4% en 5 ans. A défaut de précisions sur les abandons progressifs, on approximera l’évolution des effectifs suivants pour chaque année : 100, 80, 60, 20, 10, (facteur correctif x 270 / 46).

Licence

En ce qui concerne le master, 30% des inscrits abandonnent en 1ere année, 44% l’obtiennent en 2 ans seulement, 10 % en 3 ans. (facteur correctif x (100+70+10 / 54).

Master

Le coût de scolarité résultant est de 205000Euros.

  • Commercial école post Bac

Le coût de scolarité prenant en compte les aléa pré Bac est de 117000Euros.

 

Le graphique des résultats, et interprétation

 Cout-reel-moyen-scolarite

Bien qu’il soit établi sur la base de données pénalisant les chiffres relatifs aux coût des études en grande école, ce graphique montre sans ambigüité que:

  • L’université française est un système particulièrement coûteux pour nos finances.  Il s’agit par conséquent du domaine à réformer en priorité, notamment en remplaçant le Bac passe-partout par une sélection salutaire.
  • Les études littéraires en grande école, concernant une population plus réduite, méritent également d’être réformées. Il s’agit ici d’adapter le nombre de place en classe préparatoire à celui disponible dans les écoles.
  • Les études commerciales sont, de façon hypocrite, le moyen de former des diplômés de façon très économique pour l’état. On trouve peut-être ici la véritable explication de la désaffection des classes les moins aisées pour le système des classes préparatoires. Tous les encouragement possibles, discrimination positive ou autres fantaisies,  ne compenseront pas 25000 à 50000 Euros (après imposition) à dépenser pour un seul enfant.

Ce que cette étude néglige

Les universités françaises sont très diverses, et le pire côtoie le meilleur. Il serait intéressant de décomposer cette ligne entre les formations de médecine, d’histoire, de psychologie, de science, … dont les coûts sont certainement très variables selon les spécialités.

Les échecs en classe préparatoire se dirigent en majorité à l’université, grâce au système d’équivalence. Par conséquent, ce système embellit les chiffres des universités qui diplôment des étudiants formés en classe préparatoire.

Une grande partie des coûts d’enseignement correspond aux salaires des enseignants et aux charges et impôts associés. Par conséquent, les études commerciales après Bac rapportent de l’argent à l’état, ce qui est un comble.

Le salaire de certains enseignants-chercheurs n’est pas nécessairement affecté aux universités proportionnellement à la part des cours dans leur activité. Un peu de comptabilité analytique apporterait plus de transparence.

Les formations offrant un faible taux de chômage à leurs diplômés font rentrer l’argent plus vite dans les caisses de l’Etat, sauf si ceux-ci préfèrent émigrer.

L'université française est vraiment bon marché, 9.0 out of 10 based on 2 ratings

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