Avr 122014
 
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L’égalité n’est pas équitable.

Que le SMIC, au moins sous sa forme actuelle, favorise le chômage n’est plus un secret pour personne. Comment faire pour supprimer cet effet négatif tout en assurant une certaine sécurité aux moins chanceux ?

Le SMIC

En France, le SMIC, Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance,  est le salaire minimum autorisé par l’État pour rémunérer un employé.

En 2014, il est de 7.43 Euros net (avant impôt sur le revenu et avant aides), soit 1128 Euros par mois.

Les problèmes

Le SMIC nivelle les revenus

Le « C » de SMIC signifie « croissance ». Depuis sa création en 1970, le salaire minimum croît plus vite que l’inflation et que la croissance du PIB.  En période de forte de croissance, une telle indexation est légitime. Depuis les années 80, la situation est très est différente. La population augmentant, et les ressources étant globalement inchangées (notamment en ce qui concerne le foncier, car la surface de la France n’augmente pas), cette croissance signifie un aplatissement de la courbe des salaires.

Cet aplatissement agit à deux niveaux.

  • Si l’on compare les salaires de la population à un instant donné, l’échelle des salaires est maintenant très plate : les salaires moyens sont rattrapés par le SMIC. Cet effet est d’autant plus important que les ressources d’une entreprise étant limitées, les augmentations sont réduites pour les catégories moyennes afin de pouvoir alimenter les moins qualifiés.
  • Le SMIC est un frein à la progression des salaires d’un même individu sur la durée de sa carrière. En effet, les revenus de début de carrière sont légalement boostés, sans lien avec la productivité de l’individu. Il n’y a pas de progression envisageable tant que le salarié n’a pas atteint le niveau de productivité correspondant au SMIC. Ensuite, comme expliqué ci-dessus, les salaires légèrement supérieurs au SMIC étant pénalisés par les ressources limitées, la progression est beaucoup plus faible.

En interdisant l’espoir d’une progression de salaire qui suive des gains d’expérience ou une performance supérieure à la moyenne, le SMIC démotive toute une catégorie de la population.

Le SMIC est un frein à l’embauche

Une personne trouvera un emploi rémunéré au SMIC seulement si cet emploi a une productivité supérieure au montant de cette rémunération. Si la productivité du poste est inférieure au SMIC, l’employeur n’a pas l’opportunité de proposer un salaire inférieur et devra par conséquent trouver d’autres solutions : délocaliser, sous-traiter, utiliser des salariés payés un peu plus chers mais ayant une productivité très supérieure, automatiser, trouver un business différent,…

Même s’il s’agit d’évidences, il a fallu attendre que la situation soit catastrophique pour en entendre parler. Maintenant, les tabous commencent à tomber et depuis quelques mois, la presse regorge d’article à ce propos :

 « Toute hausse du Smic en France entraine ainsi des destructions d’emplois, même si les experts ne s’entendent pas sur leur nombre – entre 2.000 et 25.000 postes pour un coup de pouce de 1%. »

« Pour Merkel, le SMIC est la cause du chômage en Europe »

Le SMIC est également un frein à l’embauche du fait de l’aplatissement de la courbe des salaires. Ainsi, les emplois à domicile deviennent de moins en moins accessibles aux classes moyennes qui doivent y abandonner une grande partie de leur salaire (d’autant qu’à la différence des entreprises, les particuliers sont contraints de payer deux fois les impôts et cotisations sur les mêmes sommes). Si une garde d’enfant est trop chère, il peut être préférable de renoncer au deuxième salaire et se contenter des aides sociales de remplacement et de la diminution d’impôt conséquente.

Le SMIC favorise le travail non déclaré

S’il est interdit de déclarer un travail salarié en dessous du SMIC, ce travail devient « possible » en ne le déclarant pas. Plus le SMIC est élevé, plus la tentation est forte de recourir à ce système. De plus, la non déclaration donne l’opportunité au salarié et à l’employeur d’échapper aux assurances obligatoires et parfois peu efficaces pour certains en regard des cotisations versées.

Les emplois à domicile sont directement concernés par ce phénomène, comme le prouve l’actualité de cette semaine.

Le SMIC complexifie le marché du travail

Le système du SMIC est en fait une délégation d’une tâche de l’État vers les employeurs, tâche de redistribution sans rapport avec l’activité de l’entreprise. Le SMIC bloque une régulation naturelle, le coût du travail ne peut pas s’adapter à la situation internationale.

Des subterfuges deviennent indispensables pour contourner cette contrainte :

  • salariés débutants employés avec le statut de stagiaires,
  • emplois aidés par l’État,
  • subventions d’État sous forme de baisses de charges sur les bas salaires

« Le SMIC, en fixant une barrière minimum de salaire, n’augmente pas le revenu de tout le monde : il ne fait qu’exclure du marché du travail ceux qui ont une productivité inférieure à cette barrière. Le salaire minimum est une barrière à l’amélioration sociale et à la prospérité des populations. Les Étatistes connaissent d’ailleurs cet effet pervers. Ils multiplient les passe-droits, les stages obligatoires, les emplois aidés etc. Ils rendent complexe la gestion des entreprises en alourdissant la bureaucratie.
Le salaire minimum n’existe pas en Allemagne, en Suisse et dans de nombreux pays similaires à la France. Dans d’autres il est peu significatif parce que nettement en dessous du salaire minimum pratiqué spontanément par le marché. Les jeunes et les personnes peu qualifiées peuvent entrer sur le marché du travail et progressivement gagner en expérience et en revenu. » Source.

Solutions

Plusieurs solutions sont envisageables pour contrer ou éliminer les problèmes apportés par le SMIC sous sa forme actuelle.

Supprimer le SMIC,

Cette solution est la plus radicale et en vigueur dans de nombreux pays, y compris en Europe de l’ouest (l’Allemagne, Chypre, le Danemark, la Finlande, l’Italie et la Suède). Dans la mesure où l’insuffisance de revenu est compensée par revenu minimal (RSA), elle est envisageable. Toutefois, ce ne peut être qu’une situation atteignable à moyen ou long terme, car il n’est pas possible de tout supprimer du jour au lendemain sans déstabiliser les foyers les plus précaires. De toute façon, il faut que le salaire soit au minimum supérieur aux aides accordées en l’absence d’emploi, donc un salaire minimum de fait existerait, calé sur le niveau des aides.

Modifier l’indexation du SMIC

Comme expliqué ci-dessus, le SMIC a augmenté beaucoup plus vite que la disponibilité des ressources en France.  Depuis sa création, il a augmenté 4 fois plus vite que l’inflation.

« si le SMIG créé en 1950 avait été réévalué seulement au rythme de l’inflation, il vaudrait aujourd’hui un peu plus de 2 euros. » (source)
Dans tous les cas où un salaire/revenu  minimum est conservé, sa revalorisation doit rester raisonnable et seulement suivre la valorisation moyenne (ou médiane) des salaires pour éviter le phénomène de rattrapage subit par les classes médianes (ceux qui gagnent entre 1 et 3 fois le SMIC). Ce changement est une action à long terme.

Créer plusieurs SMIC selon des critères simples

Parmi les critiques rencontrées, le niveau actuel du SMIC est la contrainte majeure, l’existence du salaire minimum n’étant pas rédhibitoire.

La solution la plus équitable et qui préserverait le sentiment de sécurité des travailleurs au SMIC est de créer des salaires minimum variables selon les circonstances.

  • Selon la géographie.

Un foyer n’a pas les mêmes contraintes financières selon sa situation géographique. Un employeur implanté dans une zone où la vie est chère y trouve un intérêt et doit assumer les conséquences en coût salarial.

Ce principe est actuellement appliqué aux fonctionnaires dont les indemnités sont modulées sur des critères géographiques.

  • Selon le type de travail

Il serait légitime de rémunérer de façon différente des salariés ayant une qualification, une expérience, une énergie, une motivation, une «  pénibilité » ou un type d’activité différents. Les conventions collectives définissent déjà des salaires minimums selon de tels critères, pourquoi ne pas intégrer la gestion de tels salaires minimum dans ces accords conventionnels ?

  • Selon l’âge du salarié

Il est clair que qu’un salaire minimum dépendant de l’expérience revient à créer le célèbre CPE de Villepin (2006) qui a très vite été retiré pour des raisons exclusivement idéologiques. En effet, on ne peut nier que la productivité varie selon l’age du salarié.

Productivité d'un salarié selon son age - Cas des services

Productivité d’un salarié selon son âge – Cas des services

(source Insee)

Pourtant, le salaire des débutants non qualifiés est un frein certain à l’embauche lorsque l’on recherche une rentabilité rapidement. Une des preuves est le très fort taux d’embauche (69%) des apprentis à l’issue de leur formation (les élèves ont de grandes difficultés pour trouver un contrat d’apprentissage). En effet, payer 75% du SMIC quelqu’un sans qualification qui travaille à mi-temps est un investissement de long terme. Il est généralement plus rentable de prendre un stagiaire, au point que les lois se succèdent pour freiner cet enthousiasme.

 Revue des objections

Réformer le salaire minimum rencontre beaucoup d’oppositions:

  • Il n’est pas envisageable de diminuer le SMIC qui est déjà insuffisant pour vivre normalement.

Il n’est pas possible de comparer les besoins en ressources d’un foyer d’une personne et ceux d’une famille nombreuse. Le SMIC après impôts permet de vivre correctement à une personne seule en province, et doit être complété par un deuxième salaire et/ou des aides pour les familles, notamment dans les grandes métropoles. Le système de redistribution français mis en place depuis des décennies apporte des aides lorsque le revenu minimum est insuffisant.

  • Autoriser des salaires inférieurs au SMIC actuel, c’est renforcer le problème de la pauvreté en France.

La pauvreté n’est pas générée par un salaire horaire bas, mais par un nombre d’heures de travail insuffisant.

En pratique, un salaire minimum plus bas diminuerait la pression sur les prix (loyers par exemple).

  • Un salaire minimum plus bas augmenterait la part de population sous le seuil de pauvreté.

Du point de vue des économistes, le seuil de pauvreté officiel est largement plus bas que le SMIC. Le salaire minimum peut descendre de 30% sans passer sous ce seuil et par conséquent sans augmenter la pauvreté (le seuil de pauvreté n’est pas basé sur le salaire moyen).

Pour augmenter la part de population vivant sous le seuil de pauvreté, il faut diminuer les revenus des classes moyennes inférieures. Ainsi, mathématiquement, le salaire médian diminuerait, et par conséquent le seuil de pauvreté également (c’est d’ailleurs ce qui est fait par le gouvernement actuel).

  • Le SMIC est un moyen de lutte contre la pauvreté.

En supposant que le SMIC soit un moyen efficace de lutter cotre la pauvreté, il est inapproprié car ce n’est pas aux entreprises de gérer la pauvreté du pays, mais à la solidarité nationale via le système des impôts et de redistribution.

  • Le SMIC limite les inégalités salariales

Les inégalités salariales sont justifiées par les différences de temps de travail, de productivité, de qualification, et de mérite entre les salariés. Les salariés ne sont pas égaux, donc les salaires ne peuvent l’être. L’égalité n’est pas équitable.

  • Les femmes sont près de deux fois plus souvent au SMIC que les hommes. S’attaquer au SMIC, c’est s’attaquer à l’égalité femmes / hommes.

Le SMIC n’a pas été mis en place pour réduire l’inégalité femmes / hommes. Les problèmes, surtout après 40 ans de solutions inefficaces, doivent être combattus à la source, et pas sur leurs effets.

  • En revenant à un système datant d’avant mai 1968, la régionalisation du SMIC est une régression.

Il n’y a pas de mal à corriger les erreurs du passé.

  • Un salaire minimum plus bas aurait un impact négatif sur la croissance car la consommation des smicards serait plus faible.

Cette conclusion est très simpliste, car les sommes non distribuées aux plus bas salaires par les entreprises seraient redirigées vers l’économie d’une autre manière. De plus, le chômage diminuant grâce à la baisse du salaire minimum, les sommes versées sous forme d’allocation sont réduites et servent à rémunérer de la main d’œuvre produisant des richesses. Donc si les richesses augmentent dans un pays, cela doit avoir un rapport avec la croissance…

 

 

 

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