Fév 012014
 
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Ne pas confondre moyenne et médiane.

Le principe actuellement en vogue est de faire payer les riches pour redistribuer aux pauvres en épargnant la classe moyenne. Après les élections, lorsque vient le moment de faire payer les riches, la population découvre que la définition de la classe moyenne n’est pas ce qu’elle croyait.

La classe moyenne existe-t-elle encore ?

 

La classe moyenne dans l’esprit de la population

Pour comprendre ce que signifie la classe moyenne dans l’esprit de la population, il est nécessaire de regarder historiquement ce que cela représente.

Il y a deux générations, pendant les Trente Glorieuses, la situation était beaucoup plus simple :

  • Il n’y avait pas ou peu de chômage (la main d’œuvre immigrée était importée pour palier au manque de ressources),
  • Seule une personne par foyer travaillait (époque de la femme au foyer),
  • La retraite était tardive, lorsqu’on y avait droit. Les retraités étaient par conséquent peu nombreux, et l’impact d’une baisse de revenus lors de la retraite était faible sur les statistiques
  • Les prélèvements obligatoires et la redistribution étaient faibles et ne modifiaient pas significativement les revenus ou le patrimoine.

Par conséquent, il y avait une corrélation forte entre le statut social et les revenus. La classe moyenne était moyenne dans toutes les catégories : revenus, patrimoine, éducation/qualification. La légitimité du niveau de revenus et de patrimoine était basée sur le travail et l’épargne.

Trois catégories principales étaient utilisées pour situer quelqu’un sur l‘échelle sociale :

  • La grande bourgeoisie, dont les revenus étaient issus du patrimoine familial.
  • La classe moyenne, dont les revenus étaient issus du travail qualifié (cadres,  enseignants, …) ou entreprenant (commerçants, …). Leurs effectifs se constituaient progressivement un patrimoine (ascension sociale).
  • La classe ouvrière, dont les revenus étaient en bas de l’échelle et ne permettaient pas de se constituer de patrimoine, et qui comptait sur l ‘école pour progressivement s’élever socialement.

 

La situation actuelle

Analysons la situation actuelle :

  • La vie est presque impossible avec un seul revenu. Deux revenus modestes dans un même foyer apportent plus qu’un seul revenu d’une profession qualifiée.
  • La part des foyers avec un seul adulte actif est faible. Même les familles monoparentales touchent un deuxième salaire, lequel arrive sous forme de redistribution et de déductions fiscales.
  • Une population vivotant avec peu de revenu, issus des aides sociales, s’est fortement développée et s’est placée en dessous de la catégorie des ouvriers d’autrefois.
  • Les effectifs des fonctionnaires modestes s’est fortement développée, gonflant de façon démesurée une population d’employés aux revenus modestes.
  • Le nombre de chômeurs ne fait qu’augmenter et la courbe n’est pas prête de s’inverser. Les chômeurs sont surtout issus des milieux comptant le moins de revenus et le moins de patrimoine. Là encore, leurs revenus sont en moyenne en dessous de ceux de la classe ouvrière.
  • Il est maintenant impossible de se constituer un patrimoine avec les revenus du travail car le foncier est hors de prix.
  • La fiscalité a explosé pour nourrir une redistribution prépondérante destinée à une population de foyers majoritaires, générant une forte distorsion par l’effet des aides. Les revenus moyens sont nivelés vers le bas.
  • Les retraités, dont le statut est issu du système social des 30 Glorieuses et qui ont pu par conséquent épargner à cette époque, sont relativement privilégiés, notamment du point de vue du patrimoine.
  • De fortes disparités géographiques sont apparues séparant la France en deux zones : l’une où il est difficile de trouver un 2eme emploi, et l’autre où le foncier est hors de prix. Où que l’on habite en France, les revenus que l’on peut épargner après s’être logé restent faibles, voire nuls.
  • Enfin, les professions les moins qualifiées sont subventionnées (charges sociales minimisées notamment), avec pour effet de réduire l’écart de revenus entre les diverses professions salariées.

L’impact de ces changements sociétaux est multiple :

  • Les classes moyennes telles que définies pendant les Trente Glorieuses voient leurs revenus diminuer et se rapprocher de la classe qui lui est inférieure. La classe ouvrière et la classe moyenne ont quasiment fusionné.
  • Une nouvelle classe vivant de petits emplois ponctuels et d’assistance, aux revenus inférieurs à ceux de la classe ouvrière, a émergé, voir explosé.
  • Les revenus ne dépendant plus réellement de la qualification mais de circonstances de vie, la population perd ses repères et chacun jalouse son voisin plus riche que légitime selon les critères historiques.
  • La classe supérieure, qui conserve son patrimoine, reste épargnée.

Aujourd’hui, il y donc toujours trois classes, mais ce ne sont plus les mêmes qu’autrefois:

  • Une population de personnes, inactives ou avec un travail précaire, et fortement assistées.
  • Les anciennes classes ouvrières et moyennes, qui ont fusionné.
  • La grande bourgeoisie, épargnée par les évolutions des 50 dernières années.

 

Les conséquences de la fusion classe moyenne/classe ouvrière

La classe moyenne ayant disparu, les politiques basent leurs classifications sur les revenus.

Ainsi, des économistes comme Piketty considèrent encore trois classes :

  • Classes populaires: Les 50% les plus pauvres
  • Classes moyennes: Les 40% du milieu
  • Classes aisées: Les 10% les plus riches

Soit dit en passant, la confusion de la notion de moyenne et de médiane par un économiste à forte audience est particulièrement consternante, à moins qu’il ne s’agisse d’une manipulation pour mettre en avant son message idéologique. En effet, la catégorie du milieu, en termes de population, est la médiane et non la moyenne !

Cette décomposition n’a aucun sens sociologique. Ce seuil de 18000 Euros correspond au revenu du couple moyen de smicard (un salaire et demi). Que l’épouse soit au dessus ou en dessous du taux d’emploi moyen des femmes (67%) ne peut pas déterminer l’appartenance à une catégorie sociale ou une autre. L’importance et l’unicité du SMIC en France est telle que la population concernée par ce système doit constituer un seul bloc social.

Les revenus de la classe moyenne historique

La répartition des revenus entre les français est donnée sur le tableau suivant où la population est classée par déciles (tranches de 10%).

 Revenus des français par décile

Revenus des français par décile (2007)

 Source

Si l’on représente les limites entre les déciles sur un graphe, on constate que la courbe est très horizontale, et la linéarité étonnante, signe de nivellement profond des revenus et de l’absence de séparation entre les différentes catégories.

Seuils de revenu entre déciles

Seuils de revenu entre déciles

 

La classe ouvrière historique, constituée de un ou deux salaire au SMIC par foyer, correspond aux déciles D3 à D7+ (12500 à 25000 € / an).

La classe moyenne historique correspond aux deux tranches suivantes, soit une partie de D8, D9  et une partie de D10 (le reste de 10 correspond à la grande bourgeoisie, quelques pour cents). Cette classe moyenne apparaît clairement minoritaire.

Cela donne la répartition suivante :

– La classe assistée: Les 20% les plus pauvres, travaillant peu et dont les revenus sont à dominante d’aides sociales
– La classe médiane: Les 75% du milieu, fiscalement fortement contributrice, que l’on décomposera en deux sous parties :

  • La classe populaire : la majorité de la population, 55%,
  • La classe moyenne: les 20% plus « aisés » de la classe médiane,

– La grande bourgeoisie : quelques %.

 

Cette répartition est représentée dans le graphe suivant en montrant la correspondance avec la décomposition arbitraire des économistes.

 

Décomposition en catégories sociales selon les revenus

Décomposition en catégories sociales selon les revenus

 

Que conclure ?

  •  La notion de classe moyenne ne signifie plus grand chose et est utilisée à tort même par des économistes renommés. Il n’y a plus de repères d’échelle sociale discernables.
  • La population française reste en grande majorité assez « minable » : 80 % des foyers vivent avec moins de l’équivalent de 3 SMIC, alors que 80 % des jeunes ont maintenant le Baccalauréat !  Un superbe message d‘espoir et d’encouragement au travail pour les jeunes.
  • La courbe revenus/décile étant très plate, il faut très peu de variation de revenus pour passer d’une catégorie à une autre.
  • Du point de vue des revenus, la classe moyenne a fusionné avec la classe populaire et a par conséquent disparu. Ayant disparu, la classe moyenne est effectivement bien protégée des hausses de la fiscalité.
  • La France est réellement devenue un pays communiste.

 

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